Vous avez l'impression que vos dents sont plus longues qu'avant ? Que vos gencives ont reculé ? Que vous ressentez des élancement au froid ou au chaud sur des dents pourtant saines ? Ces signaux, souvent discrets au début, peuvent indiquer un déchaussement dentaire, un problème beaucoup plus répandu qu'on ne l'imagine, qui touche environ 50 % des adultes sous une forme ou une autre, selon les données de l'OMS.
La bonne nouvelle : pris en charge tôt, le déchaussement se traite efficacement. La mauvaise : non traité, il évolue silencieusement vers la perte dentaire. Ce guide vous explique tout ce que vous devez savoir pour comprendre, prévenir et agir.
Qu'est-ce que le déchaussement dentaire ?
Le déchaussement dentaire est le terme courant pour désigner la récession gingivale : le retrait progressif du tissu gingival (la gencive) qui entoure et protège la dent. À mesure que la gencive recule, elle expose la racine de la dent, normalement protégée par l'os alvéolaire et le cément.
Contrairement à l'émail qui recouvre la couronne visible, la racine n'est couverte que d'une fine couche de cément, beaucoup plus poreuse et vulnérable. Une fois exposée, elle devient sensible aux agressions thermiques, chimiques et bactériennes, et le risque de carie radiculaire augmente fortement.
Le déchaussement ne survient pas du jour au lendemain. C'est un processus progressif et insidieux qui, qui peut s'installer pendant des années sans douleur notable ce qui explique pourquoi tant de patients le découvrent à un stade déjà avancé.
Comment le déchaussement se développe-t-il ?
Pour comprendre le déchaussement, il faut comprendre le parodonte : l'ensemble des tissus qui maintiennent la dent en place. Il comprend la gencive, l'os alvéolaire, le ligament parodontal et le cément. Quand ces tissus sont détruits, la dent perd son ancrage : c'est le déchaussement.
La progression typique suit ce schéma :
La plaque dentaire s'accumule à la jonction entre la dent et la gencive. Si elle n'est pas éliminée régulièrement, les bactéries qu'elle contient déclenchent une réaction inflammatoire : c'est la gingivite. À ce stade, tout est encore réversible. Mais si rien n'est fait, l'infection progresse en profondeur et atteint l'os. Des poches parodontales se forment entre la gencive et la dent, des espaces où les bactéries s'installent et prolifèrent à l'abri du brossage. L'os se résorbe progressivement. La gencive recule. La dent commence à se déchausser.
La destruction osseuse liée à la parodontite est irréversible. L'os perdu ne repousse pas spontanément. C'est pourquoi la prévention et la prise en charge précoce sont absolument déterminantes.
Quelles sont les causes du déchaussement dentaire ?
Le déchaussement est rarement monofactoriel. Il résulte le plus souvent d'une combinaison de facteurs, certains modifiables, d'autres non.
La parodontite : cause principale
La maladie parodontale est de loin la première cause de déchaussement. Elle est elle-même principalement déclenchée par une mauvaise hygiène bucco-dentaire permettant à la plaque et au tartre de s'accumuler. Pour en savoir plus sur le mécanisme de la plaque, consultez notre article sur la plaque dentaire et sur les saignements des gencives.
Le brossage agressif
Paradoxalement, se brosser trop énergiquement avec une brosse à poils durs peut traumatiser mécaniquement la gencive et accélérer sa récession. Le mouvement horizontal vigoureux est particulièrement délétère pour les biotypes gingivaux fins.
Le bruxisme
Le grincement ou serrement des dents, souvent inconscient et nocturne, exerce des contraintes mécaniques excessives sur les dents et les tissus de soutien. Au fil du temps, ces micro-traumatismes répétés fragilisent le parodonte et favorisent la récession gingivale. Pour en savoir plus, consultez notre article sur la gouttière dentaire.
Le tabac
La nicotine provoque une vasoconstriction des vaisseaux qui irrigue les gencives. Résultat : les défenses locales sont affaiblies, la réponse inflammatoire est masquée (les gencives des fumeurs saignent moins visiblement), et la destruction parodontale progresse plus rapidement et plus silencieusement. Le tabac est l'un des facteurs de risque les plus puissants de parodontite sévère.
Le diabète
La relation entre diabète et parodontite est bidirectionnelle et bien documentée : le diabète mal équilibré aggrave les maladies parodontales, et la parodontite perturbe à son tour l'équilibre glycémique. Les personnes diabétiques présentent un risque deux à trois fois plus élevé de développer une parodontite sévère.
Les facteurs hormonaux
Les variations hormonales importantes peuvent fragiliser les gencives. Pendant la grossesse, les taux d'oestrogène et de progestérone modifient la qualité des tissus gingivaux, favorisant la gingivite gravidique. À la ménopause, la baisse d'oestrogènes peut entraîner une perte de densité osseuse qui augmente le risque de récession.
La génétique
Des études montrent qu'environ 30 % de la population présente une prédisposition génétique aux maladies parodontales, indépendamment de la qualité de leur hygiène. Ces personnes ont souvent un biotype gingival naturellement fin et moins résistant aux agressions.
L'âge
Avec le vieillissement, le flux sanguin dans les gencives diminue, leur élasticité se réduit et leur capacité de régénération s'affaiblit. La récession gingivale liée à l'âge n'est pas en soi une pathologie, mais elle peut fragiliser le terrain.
Autres facteurs
- Malocclusions et malpositions dentaires : un mauvais alignement des dents crée des zones difficiles à nettoyer et des contraintes occlusales inégales.
- Perçages buccaux : un piercing labial ou lingual peut, par frottement répété, provoquer une récession localisée.
- Traitements orthodontiques inadaptés : un déplacement excessif des dents au-delà de l'enveloppe osseuse peut fragiliser la gencive.
- Traumatismes : un choc sur la bouche peut endommager directement les tissus parodontaux.
Quels sont les symptômes du déchaussement dentaire ?
Le déchaussement est souvent asymptomatique dans ses premières phases, ce qui le rend difficile à détecter sans examen professionnel. Certains signes doivent cependant alerter.
Les signes visibles :
- Les dents semblent plus longues qu'auparavant : c'est la racine qui devient visible à mesure que la gencive recule.
- Des espaces en triangle noir apparaissent entre les dents à leur base, là où la gencive ne remplit plus complètement les embrasures.
- Les gencives sont rouges, gonflées ou présentent une couleur plus vive que le rose pâle habituel.
Les signes ressentis :
- Sensibilité dentaire au froid, au chaud, au sucré ou au contact — due à l'exposition de la racine dont la dentine non protégée réagit aux stimuli.
- Saignements au brossage ou au fil dentaire, même légèrement provoqués.
- Douleur à la mastication ou inconfort lors de certains mouvements.
- Sensation de dent qui bouge légèrement, signe d'une atteinte osseuse avancée.
- Mauvaise haleine persistante liée aux bactéries des poches parodontales.
Le déchaussement est-il réversible ?
C'est la question que tous les patients posent en premier et la réponse mérite d'être nuancée.
La gingivite est entièrement réversible. À ce stade précoce, une hygiène améliorée et un détartrage professionnel permettent aux gencives de retrouver leur état normal sans séquelles.
Le déchaussement établi, lui, n'est pas réversible. La destruction osseuse et la récession gingivale déjà installées ne se reconstituent pas spontanément. En revanche, les traitements permettent de stopper l'évolution, de stabiliser la situation et, dans certains cas, de récupérer partiellement du tissu gingival grâce à des chirurgies reconstructrices (greffe gingivale).
C'est précisément pourquoi l'intervention précoce change radicalement le pronostic. Plus le traitement commence tôt, plus on préserve de tissu et d'os, et moins le résultat final est compromis.
Comment traiter le déchaussement dentaire ?
Le traitement dépend du stade de la maladie. Il est toujours personnalisé selon le tableau clinique de chaque patient, évalué par le praticien.
Le détartrage supragingival
C'est le point de départ de tout traitement parodontal. Le praticien élimine la plaque et le tartre déposés sur la surface visible des dents, notamment à la jonction gencive-dent. Ce geste réduit la charge bactérienne et permet aux gencives de retrouver une inflammation moindre.
Le détartrage et surfaçage radiculaire (DSR)
C'est le traitement de référence en cas de parodontite confirmée. Réalisé sous anesthésie locale, il consiste à nettoyer en profondeur les surfaces radiculaires situées à l'intérieur des poches parodontales, là où le brossage n'atteint pas. L'objectif est de lisser la racine pour éliminer les bactéries et permettre à la gencive de se réadapter à la dent.
Ce traitement se déroule en 1 à 4 séances selon la sévérité, et nécessite ensuite une maintenance parodontale régulière (tous les 3 à 4 mois) pour prévenir la récidive.
Depuis 2024, la Sécurité Sociale rembourse certains actes parodontaux dans le cadre du 100 % Santé dentaire, sous conditions. Renseignez-vous auprès de votre dentiste sur votre éligibilité.
Le traitement antibiotique
Dans certaines formes de parodontite aiguë ou agressive, des antibiotiques locaux (gel déposé dans les poches) ou systémiques peuvent être prescrits en complément du DSR pour réduire la charge bactérienne résiduelle.
Le traitement au laser
Certains praticiens utilisent le laser en complément ou en alternative au surfaçage. Le rayonnement laser élimine les bactéries pathogènes dans les poches gingivales et peut stimuler la régénération tissulaire. Cette technique est moins invasive mais son efficacité à long terme est encore en cours d'évaluation selon les études.
La chirurgie parodontale
Quand les poches sont trop profondes pour être accessibles par DSR seul, une chirurgie à lambeau peut être réalisée : le praticien incise la gencive pour accéder directement aux racines et à l'os, nettoyer en profondeur et, si possible, régénérer les tissus perdus.
La greffe gingivale
En cas de récession gingivale importante exposant les racines, une greffe de tissu conjonctif (prélevé au palais du patient) peut être réalisée pour couvrir les racines exposées, redonner de l'épaisseur à la gencive et protéger durablement contre les récidives. C'est un acte de chirurgie orale au résultat généralement excellent quand les indications sont bien posées.
Comment prévenir le déchaussement dentaire ?
La prévention est de loin la stratégie la plus efficace. Voici les gestes concrets à adopter au quotidien.
- Adopter une technique de brossage efficace et douce. Utiliser une brosse à poils souples, effectuer des mouvements circulaires ou de balayage de la gencive vers la dent — jamais de va-et-vient horizontal. Deux minutes minimum, deux fois par jour, avec un dentifrice fluoré. La brosse électrique à tête oscillante offre de meilleurs résultats sur la plaque.
- Pratiquer le nettoyage interdentaire quotidien. C'est ici que la gingivite débute dans la majorité des cas. Fil dentaire, brossettes interdentaires ou hydropulseur — choisissez ce qui convient à vos espaces et utilisez-le chaque jour.
- Consulter son dentiste tous les 6 à 12 mois. Le bilan parodontal régulier permet de détecter les poches débutantes, d'adapter la fréquence du détartrage et de corriger la technique de brossage avant que l'inflammation ne s'installe.
- Arrêter de fumer. C'est l'un des gestes les plus impactants sur la santé parodontale. Les gencives des ex-fumeurs se revascularisent progressivement et retrouvent de meilleures défenses contre les bactéries.
- Contrôler son diabète. Un équilibre glycémique optimal réduit significativement le risque parodontal et améliore la réponse aux traitements.
- Traiter le bruxisme. Si vous serrez ou grincez des dents, une gouttière occlusale protège les dents et les gencives des contraintes mécaniques excessives.
- Limiter les brossages agressifs. Ne pas confondre efficacité et énergie : frotter fort n'élimine pas mieux la plaque et abîme les gencives.
Idées reçues sur le déchaussement dentaire
Quel professionnel consulter ?
Le chirurgien-dentiste généraliste est le premier recours. Il peut diagnostiquer une gingivite ou un déchaussement débutant lors d'un bilan annuel, réaliser un sondage parodontal simple et effectuer le détartrage de base.
Le parodontologue (chirurgien-dentiste spécialisé en parodontologie) est indiqué pour les formes modérées à sévères : parodontite avancée, poches profondes, chirurgie parodontale ou greffe gingivale. La prise en charge est souvent pluridisciplinaire avec l'hygiéniste dentaire pour la maintenance à long terme.
En cas de doute, ne pas attendre : un simple sondage parodontal (mesure de la profondeur des poches) et un panoramique dentaire permettent au praticien d'évaluer rapidement l'état de votre parodonte et de vous orienter vers le traitement approprié.
FAQ : Déchaussement des dents
Le déchaussement dentaire est-il douloureux ?Pas nécessairement, et c'est ce qui le rend si traître. La parodontite évolue souvent sans douleur pendant des années. Les premières sensations ressenties sont généralement une sensibilité au froid ou au chaud sur des dents auparavant asymptomatiques. Ce n'est qu'aux stades avancés, quand les dents bougent ou qu'un abcès se forme, que des douleurs franches apparaissent. L'absence de douleur ne doit jamais être interprétée comme l'absence de maladie.
Peut-on stopper le déchaussement des dents naturellement ?Non, pas une fois la parodontite installée. Les remèdes naturels (aloe vera, huile de coco, coenzyme Q10, extrait de thé vert) peuvent avoir un léger effet anti-inflammatoire d'appoint, mais ils ne traitent pas l'infection bactérienne sous-jacente ni ne régénèrent l'os perdu. En revanche, une hygiène rigoureuse et un arrêt du tabac contribuent à stabiliser la situation en attendant ou en complément d'un traitement professionnel.
Le déchaussement dentaire touche-t-il les jeunes ?Oui. Si la parodontite sévère est plus fréquente après 40 ans, la gingivite — premier stade du déchaussement — peut s'installer dès l'adolescence. Des formes de parodontite agressive peuvent également toucher des patients jeunes, notamment chez des personnes avec une prédisposition génétique ou des facteurs de risque systémiques comme le diabète.
Combien de temps dure le traitement du déchaussement ?Le traitement initial (DSR) se réalise en 1 à 4 séances selon la sévérité. Une évaluation de la réponse est effectuée 6 à 8 semaines plus tard. Si les poches se sont réduites, une maintenance parodontale tous les 3 à 4 mois est instaurée pour prévenir la récidive. En cas de chirurgie, la cicatrisation prend plusieurs semaines. La parodontite est une maladie chronique : le suivi est long terme.
Le déchaussement peut-il toucher les dents avec couronnes ou implants ?Oui. Les implants peuvent présenter une complication similaire appelée péri-implantite : une infection des tissus autour de l'implant qui entraîne une destruction osseuse comparable à la parodontite. Les couronnes ne protègent pas contre le déchaussement des dents naturelles qu'elles recouvrent. Un suivi parodontal régulier reste indispensable quelle que soit la prothèse en place.
Le déchaussement est-il remboursé par la Sécurité Sociale ?Depuis 2024, certains actes parodontaux sont remboursés dans le cadre du 100 % Santé dentaire, sous conditions (niveau de sévérité de la maladie, type d'acte). Le détartrage annuel est remboursé à hauteur du tarif conventionnel. Les actes de surfaçage radiculaire et certaines chirurgies font l'objet d'une prise en charge partielle selon la nomenclature. Renseignez-vous auprès de votre dentiste et de votre mutuelle pour connaître précisément votre reste à charge.
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